
Rédigé par Marcel Groleau – collaborateur d’Agro Québec
Voilà les paroles du refrain d’une chanson très populaire des années 70. Cette chanson de Renée Claude m’a toujours ému, et encore aujourd’hui, elle me procure un sentiment de bonheur et d’espoir. Elle se résume ainsi, tout est maintenant possible.
Quand Vincent Cloutier m’a demandé de faire la conférence de fermeture des perspectives agricoles 2026, et de réfléchir aux assises et repères sur lesquelles nous pouvons encore nous référer malgré les temps incertains que nous traversons, cette chanson m’est tout de suite venue à l’esprit.
Sommes-nous au début d’un temps nouveau?
Bien que très différent des temps nouveaux des années 70, dont s’inspirait cette chanson, nous sommes sans doute à une jonction temporelle. Je crois qu’il y aura un avant et un après les années 2020-2030, un avant et un après Trump.
La population va bientôt atteindre 9 milliards de personnes. Le réchauffement climatique s’accélère. Chaque année, les températures moyennes mondiales sont plus élevées que l’année précédente. L’accès à l’eau douce deviendra un enjeu dans plusieurs régions du monde, et l’impact des événements climatiques extrêmes sera de plus en plus coûteux. Ne plus en parler ou le nier n’y change rien.
Nous vivons une époque de repli identitaire et le retour d’un nationalisme de droite à la sauce MAGA dans plusieurs pays. Les immigrants ont le dos large. La peur plutôt que l’espoir est devenu le carburant des partis politiques et des Nations. La désinformation est une arme de destruction massive. Les richesses et le pouvoir se concentrent entre les mains de quelques-uns.
Nous sommes aussi à l’aube de grands bouleversements technologiques avec les avancées de l’intelligence artificielle, dont on ne peut à ce jour, prédire les retombées et ou les conséquences.
Un portrait plutôt sombre me direz vous mais je crois assez fidèle à la réalité.
Tout bouge très vite. Entre le moment où j’ai accepté l’invitation de Vincent, le 19 décembre dernier et aujourd’hui….
Nous avons une nouvelle première ministre au Québec, Mme Christine Fréchette, et un nouveau chef au Parti libéral du Québec, Charles Millard. La prochaine élection s’annonce excitante avec St-Pierre Plamondon, Millard et Fréchette, trois candidats de la génération X avec des positions très différentes. Fini, l’époque des baby boomers au pouvoir.
Nos relations avec la Chine se sont améliorées à la suite de la visite de Carney en janvier et nous avons maintenant un gouvernement majoritaire depuis le 13 avril. En février, la Cour suprême invalidait, en partie, les tarifs de M Trump. Yes!
Au niveau international, le 3 janvier, le président du Venezuela a été enlevé en pleine nuit par un commando américain, objectif, étouffer Cuba.
Le 28 février les États-Unis et Israël déclaraient la guerre à l’Iran avec les conséquences que nous connaissons aujourd’hui sur le prix du pétrole et de bien d’autres intrants. Un choc pour tous devant les conséquences de notre très grande dépendance au pétrole du golf persique.
Le contexte géo-politique est inquiétant mais le Canada joue bien ses cartes.
La situation géopolitique mondiale se résume essentiellement à un affrontement entre la Chine et les Etats-Unis, tant sur le plan économique et diplomatique que sur le front militaire. Cet affrontement coûte très cher à l’administration Trump, financièrement et politiquement, dont la cote de popularité est au plus bas dans le monde et aux États Unis, et ce à l’approche des élections de mi-mandat. Les menaces de Trump avec ses tarifs de 100% laissent la Chine indifférente.
Pendant ce temps, le Canada s’est rapproché de l’Europe, de la Chine et de l’Inde. M Carney inspire confiance et il est en train de repositionner le Canada sur la scène internationale.
Les tarifs imposés sur les exportations canadiennes vers les Etats-Unis font mal, notamment les derniers tarifs décrétés après la décision de la Cour Suprême. Je crains fort que les tarifs soient là pour un certain temps. Les tarifs sur le bois d’œuvre sont un bel exemple. On le voit,une fois mis en place, il est politiquement très difficile de les retirer. Et, le coût à payer par le Canada pour lever ces tarifs risque d’être très élevé.
Cela explique la posture récente de M. Carney vis-à-vis des États-Unis. Il disait récemment « L’avantage d’avoir eu accès facilement au marché américain est maintenant notre faiblesse. » et il ajoute, « la nostalgie n’est pas une solution.» Ce ne sont pas les paroles d’un premier ministre prêt à céder pour une entente rapide et à n’importe quel prix.
Et le premier ministre du Canada, M. Carney
En M. Carney, je crois sincèrement, que nous avons la bonne personne au bon moment, au poste de Premier ministre du Canada. Crédible sur la scène internationale grâce à son parcours professionnel impressionnant, calme et solide vis à vis des menaces de M. Trump, lucide devant l’état du monde, il a la bonne attitude. Il est l’un des grands dirigeants sur la planète en ce moment.
Il est conscient de l’avantage que nous procure L’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Bien qu’imparfait, c’est notre meilleur rempart contre les tarifs américains. Suite à la décision de la Cour Suprême des États Unis, les tarifs maintenant décrétés par le Président devront éventuellement recevoir l’aval du congrès. Nous aurons davantage de leviers d’influence sur un Congrès démocrate. Et je vois un peu de lumière au bout du tunnel, voyant la popularité du Président décliner et le groupe MAGA se fissurer. M. Carney sait que le temps est notre allié.
Le réel enjeu, la collaboration.
Une chose est certaine, nourrir 10 milliards de personnes en 2050 est, et sera un grand défi. Le tout en diminuant nos émissions de carbone et notre dépendance au pétrole. Cela ne sera possible que si la collaboration entre les nations surpasse la compétition.
Trump ne connaît que la confrontation pour arriver à ses fins. Ce faisant, il a isolé les États-Unis et favorisé le rapprochement des autres Nations entre elles. De fait, le Canada n’est plus seulement un satellite américain. De chaque crise émergent de bonnes choses.
Finalement, pour qu’un temps nouveau arrive, il faut une rupture avec le temps précédent. Nous y sommes peut-être?
C’est le début d’un temps nouveau La terre est à l’année zéro……
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