le temps fait bien les choses

Rédigé par Marcel Groleau – collaborateur d’Agro Québec

Un rapport au temps qui a changé

 

J’ai souvent manqué de temps. Pendant de nombreuses années, je ne voyais pas le temps passer, otage volontaire d’un agenda un peu fou. Les choses ont changé, j’ai maintenant le luxe de profiter du temps qui passe. Rien n’est plus relatif que le temps. Einstein l’a bien démontré.

J’ai consacré beaucoup de temps à m’informer, à me tenir à jour sur l’actualité, via les journaux, la télé et la radio. A cela s’est ajouté l’info sur le web à travers des plateformes comme Twitter, devenu X et bien d’autres sites. J’étais toujours à l’affût des informations les plus récentes. Cela aussi a changé. Je consomme moins d’actualités. J’ai pris du recul.

J’ai pris l’habitude de feuilleter le journal de la veille ou de l’avant-veille. Je ne lis plus ou que très rarement l’édition du jour. Ça change tout, Avec seulement un décalage de 24 heures, l’actualité n’a déjà plus le même poids. Il n’y a plus la même urgence. J’ai adopté cette pratique accidentellement et elle me fait sauver beaucoup de temps.

 

Quand l’information devient du divertissement

 

Les médias traversent une période très difficile. Ils sont peut-être un peu victimes de ce qu’ils ont eux-mêmes créé, l’information en continue. Intéresser les gens 24 heures sur 24, en reprenant essentiellement les mêmes nouvelles durant toute la journée relève de l’exploit. Par la force des choses, l’information est devenue une forme de variétés. On y ajoute de plus en plus d’émotions, de suspense. Les journalistes ont été remplacés par des chroniqueurs, l’analyse par le commentaire. D’anciens politiciens ou influenceurs deviennent des vedettes, des experts avec une opinion sur à peu près tous les sujets. Toutes les émissions d’information ont maintenant leurs panels de chroniqueurs. Il faut bien meubler le temps!

 

Le règne du doute et de la peur

 

Graduellement, les gens ont délaissé les médias traditionnels au profit du web et des réseaux sociaux. On y trouve de tout, pour tous, en tout temps : c’est accessible, agréable et divertissant. Mais comment distinguer le vrai du faux sur ces plateformes? La maxime « il faut le voir pour le croire » ne tient plus : les images et les vidéos peuvent être trafiquées. Les fausses nouvelles se multiplient. La règle d’or devient donc le doute : ne rien prendre pour acquis et savoir prendre ses distances.

Nous sommes des consommateurs d’émotions. L’information doit captiver. Même les réseaux météorologiques jouent cette carte. Les index humidex, et les fameuses températures ressenties sont toujours de plus en plus dangereuses. On attise les craintes, on stimule nos peurs.

Et dans ce domaine, le summum est le phénomène Trump. Trump fait peur, et il attire donc beaucoup d’attention. On rapporte tout ce qu’il dit, on interprète chaque phrase, chaque mot. Il est omniprésent et payant pour les côtés d’écoute. Trump et son équipe ont très bien compris comment fonctionnent les médias traditionnels et les médias sociaux. Trump contrôle la trame narrative même si bien souvent il ment ouvertement et effrontément. Il n’y a pas une seule journée sans qu’on ne parle de lui ou de ces déclarations. L’actualité canadienne est traitée à travers le filtre Trump. De ce fait, on lui accorde beaucoup plus d’importance qu’il n’a de réelle puissance.

 

Apprivoiser le temps malgré tout

 

L’avenir, par définition, est toujours un peu inquiétant. C’est sur cette ligne que les médias jouent en exploitant les différentes nuances de l’incertitude. Mais comme toujours, le temps passe et finalement, après coup, nous constatons, que tout n’était pas si mal, ni si pire. En surjouant sur le volet dramatique, les médias sont en partie responsables du pessimisme et du cynisme ambiant. Il faut résister à cette ambiance.

Le temps est précieux. On dit que le temps c’est de l’argent, que le temps perdu ne se rattrape pas. Mais, il est aussi conseillé de prendre son temps, et surtout, du bon temps. Je le reconnais, ce n’est pas toujours facile, ni possible.

Je termine donc ce texte avec ce proverbe d’espoir. « Le temps fait bien les choses ». Je crois fondamentalement que c’est vrai, bien que, quelquefois, il faille donner du temps au temps!

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