Gaz à effet de serre

Au Québec, le secteur bioalimentaire représente environ 20 à 25 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) de la province. La production agricole compte à elle seule pour 9,2 % des émissions, notamment en raison de la gestion des sols et des fertilisants, de la gestion des fumiers et de la fermentation entérique des animaux d’élevage.

En juin dernier, le gouvernement du Québec a dévoilé son Plan de mise en œuvre 2026-2031 du Plan pour une économie verte 2030. Au total, 8,2 G$ sont prévus sur cinq ans, dont plus de 5,6 G$ pour la décarbonation, la réduction des importations de pétrole et l’efficacité énergétique. Les mesures actuellement financées devraient permettre une réduction de 32,1 % des émissions québécoises sous le niveau de 1990 en 2035.

Autre indicateur à surveiller : le prix du carbone. Le Québec et la Californie ont un marché commun dans lequel certaines entreprises doivent se procurer des droits d’émission pour couvrir leurs émissions. Lors de la vente aux enchères du 20 mai, les unités d’émission se sont négociées à 39,63 $ CA la tonne, générant 274 M$ de revenus bruts pour le Québec. Une nouvelle vente a eu lieu le 19 août. Le prix de l’unité d’émission s’est cette fois établi à 45,11 $ CA la tonne, une hausse de 13,8 % en trois mois.

À cela s’ajoute le renforcement du régime environnemental québécois : certaines amendes minimales prévues par la Loi sur la qualité de l’environnement ont été fortement rehaussées afin d’accroître leur effet dissuasif. Pour les entreprises, le message est clair : la performance environnementale et la conformité prennent une place croissante dans la gestion des risques.

Mais réduire la question des GES à une obligation réglementaire serait, à mon sens, passer à côté d’une partie importante du sujet. Selon moi, c’est justement là que le sujet devient intéressant pour les entreprises : le bilan GES ne devrait pas être perçu uniquement comme une obligation environnementale ou un exercice administratif de plus, mais comme une façon de mieux comprendre où se trouvent leurs risques, leurs coûts et leurs occasions d’amélioration.

 

Alors, faut-il attendre d’y être obligé pour agir?

 

Identifier où sont réellement vos émissions

La première étape n’est pas nécessairement de transformer ses opérations, mais de comprendre où se situe réellement son empreinte.

Selon l’activité, les principales sources d’émissions peuvent se trouver dans l’énergie, les procédés, le transport, les matières premières ou encore la gestion des matières résiduelles. Et elles ne sont pas toujours là où on les imagine : pour certaines entreprises, les matières premières pèseront davantage dans le bilan. Pour d’autres, ce seront l’énergie ou les procédés de production.

Le bilan GES permet donc surtout de faire le tri entre les différents postes et de concentrer les efforts là où ils auront le plus d’impact. Je crois que c’est une distinction importante : le bon réflexe n’est pas de multiplier les initiatives « vertes », mais d’identifier les leviers qui offrent le meilleur potentiel de réduction en tenant compte des coûts et des réalités opérationnelles.

 

 

Faire du bilan GES un outil de décision

Une fois les principaux postes identifiés, une autre question se pose : quelle tonne de GES vaut la peine d’être réduite en premier?

Toutes les réductions ne demandent pas le même investissement. Certaines mesures peuvent être rapidement rentables, alors que d’autres nécessitent des investissements importants ou une transformation des opérations. Une entreprise peut donc comparer les options selon plusieurs critères : potentiel de réduction, coût, période de retour sur investissement et impact sur la production.

C’est là que le bilan GES devient un véritable outil de gestion. Améliorer l’efficacité énergétique, optimiser un procédé, réduire les pertes ou remplacer un équipement énergivore peut permettre de diminuer à la fois les émissions et certains coûts d’exploitation. Il faut toutefois éviter un autre piège : vouloir tout décarboner en même temps. Pour une PME, les ressources financières et humaines sont limitées. Le bilan GES devrait justement aider à faire des choix, et non à ajouter une liste de projets impossibles à réaliser.

Des programmes d’aide financière, comme ÉcoPerformance, ainsi que des initiatives d’accompagnement comme celles proposées par Inno-centre, peuvent également soutenir les entreprises dans l’identification et la mise en œuvre de projets visant à améliorer leur efficacité énergétique et à réduire leurs émissions de GES.

L’objectif n’est donc pas nécessairement de lancer immédiatement un vaste projet de décarbonation. Commencer par mesurer, comparer les options et établir ses priorités peut déjà permettre de prendre de meilleures décisions d’investissement.

 

Se préparer avant que le marché ne l’exige

La question des GES ne se limite pas aux exigences gouvernementales. Une entreprise peut aussi être amenée à documenter ses émissions à la demande d’un client, d’un donneur d’ordre, d’un distributeur ou d’un investisseur, notamment lorsqu’elle fait partie de la chaîne d’approvisionnement d’une organisation qui doit elle-même rendre compte de sa performance environnementale.

C’est un enjeu particulièrement pertinent pour les PME : ne pas être directement soumis à une obligation ne signifie pas être à l’écart de ses effets commerciaux.

Dans certains marchés ou chaînes d’approvisionnement, être capable de fournir des données environnementales fiables pourrait progressivement devenir un élément de sélection ou de différenciation.

C’est ici que je vois le plus grand intérêt à agir en amont. Attendre une obligation officielle n’est pas nécessairement attendre que le marché soit prêt. Les clients, les grands donneurs d’ordre et les partenaires peuvent faire évoluer leurs propres exigences bien avant que la réglementation ne vous y oblige directement. Anticiper cette demande permet donc de partir avec une longueur d’avance plutôt que de devoir reconstituer ses données dans l’urgence. Et surtout, cela permet de transformer une contrainte potentielle en capacité d’affaires. Une entreprise qui connaît ses données, qui peut expliquer ses émissions et qui sait où elle agit est mieux placée pour répondre aux demandes de ses partenaires qu’une entreprise qui commence à chercher ces informations au moment où on les lui demande.

 

Pour moi, c’est finalement le principal changement de perspective à adopter : ne plus voir le bilan GES comme une finalité environnementale, mais comme une donnée parmi celles qui permettent de piloter une entreprise. Connaître son empreinte GES devient progressivement une donnée d’affaires, au même titre que ses coûts, ses ventes ou sa productivité : une information qui permet de mieux comprendre son entreprise, de faire des choix plus éclairés et de se préparer aux évolutions de son marché.

 

Le bilan GES n’est donc pas une fin en soi. Ce qui compte, c’est ce qu’on en fait. Dans un contexte où les coûts, les attentes des marchés et les règles environnementales évoluent rapidement, attendre d’y être obligé pourrait bien être une stratégie plus risquée que de commencer à mesurer dès maintenant.

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