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Après plusieurs années de transformations accélérée, pression inflationniste, enjeux climatiques, évolution des habitudes alimentaires et percée des technologies; 2026 marque une convergence entre innovation, retour aux fondamentaux et quête de sens.

Les consommateurs arbitrent davantage, recherchent des produits plus sains et plus responsables, tout en restant attentifs au prix. Les entreprises, de leur côté, doivent composer avec de nouvelles attentes : traçabilité, économie circulaire, fonctionnalité des produits et performance opérationnelle.

Ces tendances ne sont pas théoriques. Elles s’observent déjà sur le terrain, et sont notamment documentées dans le rapport de Whole Foods Market, élaboré par son Trends Council (plus de 50 experts : acheteurs, cueilleurs, experts culinaires). L’objectif est d’identifier les dynamiques susceptibles de transformer nos assiettes en 2026.

D’autres analyses, notamment celles de Bio Terre, Lactalis Ingredients, Le Devoir et La Terre de chez nous, permettent de croiser ces tendances avec des réalités économiques, agricoles et culturelles propres aux marchés nord-américains et européens.

Décryptage des grandes tendances agroalimentaires 2026.

 

1.   Nouvelles façons de consommer

Le contexte économique pousse les consommateurs à devenir plus stratèges dans leurs achats alimentaires. La recherche de rabais, d’aubaines et de prix avantageux s’intensifie, avec une montée des marques privées et une fréquentation accrue des magasins à liquidation. Cette rationalisation ne se traduit pas par un rejet de la qualité, mais par une nouvelle forme d’arbitrage : acheter moins, mais mieux, surtout lorsqu’il s’agit de se faire plaisir.

Dans le même temps, les épiceries et plateformes en ligne gagnent du terrain. Leur popularité repose sur plusieurs facteurs : la praticité de la livraison, le gain de temps, mais surtout une meilleure traçabilité des produits et un lien plus direct avec les producteurs, souvent perçu comme plus transparent qu’en grande surface. Cette hybridation des canaux, entre B2C, B2B  et D2C, redessine la distribution alimentaire.

Les réseaux sociaux jouent un rôle structurant dans cette évolution. Ils agissent comme accélérateurs de tendances alimentaires, remettent des produits au goût du jour, imposent de nouveaux ingrédients et transforment des recettes virales en comportements de consommation de masse. Les ambassadeurs et influenceurs deviennent ainsi de véritables prescripteurs, influençant à la fois l’offre et la demande.

 

2.  Bien-être et alimentation fonctionnelle

L’alimentation s’impose de plus en plus comme un levier de prévention et de bien-être. Les produits fonctionnels gagnent du terrain en ciblant des bénéfices précis, notamment la digestion, l’immunité, l’énergie ou la santé intestinale. Selon Whole Foods Market, la fibre s’affirme comme un ingrédient clé en 2026, portée par la multiplication des allégations « riche en fibres » et le développement de produits intégrant des ingrédients prébiotiques. Les ingrédients de base, comme l’avoine, retrouvent ainsi une place centrale.

Le sucre est lui aussi réinterprété. Plutôt que de chercher à l’éliminer totalement, les consommateurs se tournent vers des alternatives mieux perçues, comme le sucre de canne brut, les fruits entiers, le miel ou le sirop d’érable.

Cette évolution se traduit par un nettoyage progressif des formulations, avec une réduction des additifs, des listes d’ingrédients simplifiées et une attention accrue portée aux emballages. Depuis le 1er janvier 2026, la loupe nutritionnelle de Santé Canada renforce cette dynamique en incitant l’industrie à améliorer la qualité nutritionnelle de ses produits.

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Des outils comme SCAN!, développé par l’Observatoire de la qualité de l’offre alimentaire (Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) – Université Laval), accompagnent concrètement les entreprises dans leurs démarches de reformulation.

Enfin, plusieurs attributs produits nutritionnels, environnementaux et liés à l’origine ou aux méthodes de production poursuivent leur progression, notamment la culture en serre, l’agriculture responsable, les produits sans OGM (+2 %) et la valorisation des produits québécois et canadiens, portée par des attentes accrues en matière de traçabilité.

 

3.  Économie circulaire : produire mieux, valoriser plus

La durabilité ne se limite plus à un argument marketing. Elle devient un levier opérationnel.

Economie circulaireLes entreprises agroalimentaires cherchent à réduire leurs intrants, notamment l’eau, l’énergie et les fertilisants, tout en optimisant l’efficience de leurs ressources. La valorisation des coproduits et des sous-produits permet de créer de nouvelles chaînes de valeur et de réduire les pertes.

Les analyses de Bio Terre soulignent l’importance croissante de la fermentation, de la réduction des déchets alimentaires et de la consommation locale dans la transition vers des systèmes circulaires. Cette dynamique est renforcée par les attentes sociétales et les pressions réglementaires, mais aussi par des enjeux de rentabilité à long terme.

Les produits québécois et canadiens bénéficient de cette tendance, avec une croissance continue des ventes, portée par les circuits courts, l’ancrage territorial et une meilleure traçabilité.

 

4.    Nostalgie alimentaire et responsabilité des consommateurs

Paradoxalement, l’innovation va de pair avec un fort retour aux sources. L’un des symboles les plus marquants de cette tendance est le retour du suif, mis de l’avant par Whole Foods Market pour son goût et son haut point de fumée, comme alternative aux huiles pour la cuisson et la friture. Ce mouvement s’inscrit dans une réhabilitation plus large de techniques traditionnelles, revisitées et modernisées pour répondre aux attentes contemporaines.

La nostalgie devient un levier marketing puissant. Elle rassure, valorise le savoir-faire et crée un lien émotionnel fort entre marques et consommateurs. Les réseaux sociaux amplifient ce phénomène.  TikTok agit comme un référent de modes alimentaires, propulsant des produits oubliés ou des recettes traditionnelles dans une nouvelle dynamique virale. Les consommateurs ne sont plus seulement récepteurs : ils deviennent co-créateurs des tendances.

Cette revalorisation du passé se manifeste aussi dans la reconnaissance des acteurs agricoles.

La FAO (Food and Agriculture Organization of the United Nations) désigne 2026 comme « Année internationale de la femme agricultrice », mettant en lumière le rôle des femmes dans l’innovation agricole. Cette visibilité accrue se traduit par une présence renforcée dans les médias, les conférences, les sites institutionnels et même les packagings.

 

5.  Esthétique, praticité et innovation produit

Certaines tendances conjuguent bien-être, plaisir et commodité. La “kitchen couture”, aussi appelée dopamine décor, identifiée par Whole Foods Market, traduit une volonté de réenchanter la cuisine à travers des couleurs vives, des designs audacieux et des objets du quotidien comme leviers de bien-être visuel.

La gastronomie au congélateur, autre tendance mise en avant par Whole Foods Market, illustre une montée en gamme des surgelés premium, avec des plats, entrées et accompagnements de qualité, des ingrédients soignés et des saveurs globales, permettant de recréer une expérience restaurant à la maison. Les vinaigres premium gagnent également du terrain, en petits lots, avec des saveurs audacieuses, des usages culinaires, mais aussi dans les cocktails et mocktails, et même dans les condiments crémeux.

Enfin, l’instantané se réinvente en version premium, avec des lattes dignes d’un barista, des ramen enrichis en bouillons, piments ou adaptogènes, et des repas en tasse haut de gamme prête en quelques secondes.

 

6.  L’IA dans l’agroalimentaire  : prévoir, optimiser, sécuriser

L’IA s’impose comme un levier structurant pour la filière. Elle permet une prévision plus fine de la demande, réduisant les surplus et le gaspillage, et un ajustement dynamique de la production. Dans le secteur maraîcher, elle aide à prédire les rendements, anticiper les aléas climatiques et mieux planifier les cultures.

Un article de La Terre de chez nous montre comment l’intelligence artificielle s’intègre progressivement dans l’agriculture québécoise, à travers des drones, des outils connectés et des systèmes intelligents qui analysent les cultures, optimisent les réglages des machines et surveillent la santé des animaux, tout en s’inscrivant dans une continuité avec les pratiques agricoles traditionnelles.

 

Notre conclusion

À l’horizon 2026, l’agroalimentaire se transforme sous l’effet de dynamiques multiples et interconnectées. Nouvelles façons de consommer, montée des exigences en matière de durabilité, retour aux traditions, innovations produits et intégration de l’intelligence artificielle redessinent les chaînes de valeur et les attentes des consommateurs.

Parmi ces évolutions, la question du bien-être et de l’alimentation fonctionnelle se distingue par sa profondeur et sa portée. Elle dépasse le simple cadre des tendances pour toucher à des enjeux de santé publique, de réglementation, de reformulation et de responsabilité collective. Un sujet à part entière, qui mérite d’être exploré plus en détail et qui fera l’objet d’un prochain article.

 

Sources :

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