
Enfin, le débat sort des cercles de l’industrie et s’invite dans la campagne électorale. Et c’est une excellente nouvelle.
Il aura fallu attendre 2026 pour que les règles qui encadrent la production, la commercialisation et la vente des vins, cidres et spiritueux québécois deviennent véritablement un enjeu politique. Le Parti Québécois vient de mettre la question sur la table en proposant notamment de simplifier le cadre réglementaire, de permettre davantage de vente directe aux consommateurs et de revoir certaines contraintes liées à la SAQ. On peut être d’accord ou non avec chacune des mesures proposées. Mais une chose mérite d’être saluée : le débat est enfin lancé. Et il était temps.
Un secteur qu’on continue de regarder avec les lunettes de la prohibition
Le problème du Québec n’est pas l’absence de talent, d’entrepreneurs ou de produits. Bien au contraire. Partout au Québec, des vignerons, cidriculteurs, producteurs de boissons alcooliques et distillateurs démontrent qu’il est possible de créer des produits distinctifs, enracinés dans nos territoires et porteurs d’une importante valeur ajoutée.
Pourtant, nous continuons à leur imposer un cadre réglementaire largement pensé sous l’angle du contrôle, de la surveillance et de la gestion des risques. C’est là que se trouve, à notre avis, le véritable problème.
Tant que notre réflexion sur cette industrie demeurera principalement celle d’un enjeu de sécurité publique, nous aurons de la difficulté à la considérer pour ce qu’elle est aussi : une industrie de développement économique, d’innovation, de tourisme, d’agriculture et de mise en valeur du terroir québécois.
La Régie des alcools, des courses et des jeux relève d’ailleurs de la Sécurité publique, tandis que le cadre législatif fait intervenir plusieurs ministères. Mais au-delà de la mécanique administrative, c’est surtout notre façon de penser cette industrie qu’il faut changer.
Changer de regard pour créer de la valeur
Le Québec possède une formidable occasion de développement. Une bouteille de vin, de cidre ou de spiritueux québécois, ce n’est pas simplement une bouteille d’alcool. C’est du raisin, une pomme, une céréale, une plante, un territoire, un savoir-faire, de la transformation alimentaire, de l’embouteillage, du marketing, du tourisme et de l’entrepreneuriat.
C’est de la valeur ajoutée qui demeure ici. C’est aussi une vitrine pour nos régions et pour notre capacité à créer des produits à forte identité québécoise.
Pourquoi alors continuer à gérer cette industrie principalement à travers la logique du contrôle plutôt qu’à travers celle du développement?
Un ministère doit prendre le leadership
C’est peut-être ici que se trouve une partie de la solution. Tant et aussi longtemps que le développement de cette industrie ne sera pas véritablement pris en charge par un ministère ayant une mission claire de développement économique, nous continuerons à traiter les symptômes sans nous attaquer au problème de fond.
Le Québec a déjà démontré à vocation économique prenne cette industrie sous son aile.
Non pas pour abandonner les impératifs de santé publique, de sécurité ou de consommation responsable. Ces responsabilités demeurent essentielles. Mais pour y ajouter une autre dimension, tout aussi légitime :
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comment faire croître une industrie québécoise à fort potentiel?
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Comment favoriser l’investissement?
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Comment stimuler l’innovation?
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Comment permettre aux producteurs d’atteindre leur marché?
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Comment créer davantage de valeur avec nos matières premières?
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Comment favoriser l’émergence de marques québécoises capables de rayonner ici, au Canada et à l’international?
Voilà les questions que nous devrions poser.
Le précédent des microbrasseries
Le Québec a déjà démontré qu’une industrie peut se transformer lorsque l’environnement réglementaire évolue avec elle.
Le développement des microbrasseries en est un exemple particulièrement parlant. Le Parti Québécois lui-même s’appuie sur cette évolution pour défendre l’idée qu’un meilleur accès au marché peut favoriser les produits locaux sans nécessairement entraîner une hausse de la consommation globale. Le même raisonnement mérite d’être appliqué à nos vignerons, à nos cidriculteurs et à nos distilleries.
Une question de cohérence
Le Québec parle depuis des années d’achat local, de souveraineté alimentaire, de transformation de nos ressources, de vitalité régionale et de création de richesse.
Il serait pour le moins paradoxal de vouloir atteindre ces objectifs tout en maintenant des barrières réglementaires qui compliquent la vie de ceux qui veulent précisément créer de la valeur ici.
La SAQ a elle-même une longue histoire d’adaptation à l’évolution du marché québécois. Depuis 2016, par exemple, les producteurs québécois peuvent vendre certains de leurs produits dans les épiceries et les dépanneurs. Mais le temps est venu d’aller beaucoup plus loin.
Le débat électoral doit maintenant dépasser la question de la SAQ
La proposition du Parti Québécois a le mérite de remettre le sujet à l’agenda politique. Mais nous souhaitons que le débat ne se limite pas à savoir s’il faut ou non réduire le rôle de la SAQ.
La vraie question est beaucoup plus large : quelle place voulons-nous donner à cette industrie dans l’économie québécoise?
L’objectif du prochain gouvernement ne devrait donc pas être simplement de déréglementer l’alcool. Il devrait être de reconnaître, de structurer et de développer une véritable filière québécoise des boissons et spiritueux.
Avons-nous l’ambition de bâtir une véritable filière québécoise des boissons et spiritueux?
Avons-nous l’ambition de faire de nos producteurs des acteurs économiques à part entière?
Avons-nous l’ambition de faire de nos vins, de nos cidres et de nos spiritueux des ambassadeurs du Québec? Si la réponse est oui, alors il faut changer de paradigme.
Il faut passer d’une logique de contrôle à une logique de développement.
La prochaine élection offre une occasion unique de poser cette question aux différentes formations politiques. Et surtout, de leur demander ce qu’elles comptent faire concrètement pour que le Québec cesse de voir cette industrie uniquement comme un problème à encadrer et commence enfin à la voir comme une occasion à développer.
Parce qu’au fond, le véritable enjeu n’est peut-être pas de savoir comment mieux gérer l’alcool au Québec.
C’est de savoir comment mieux développer le Québec grâce à ceux qui ont choisi d’en produire.
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