
Les réseaux sociaux occupent aujourd’hui une place stratégique dans le développement des entreprises agricoles. Lors du panel « Jeunes agriculteurs et les médias sociaux », présenté en collaboration avec la FRAQ – Fédération de la relève agricole du Québec, de jeunes producteurs et productrices ont partagé leur expérience concrète du numérique en agriculture.
Animé par Véronique Simard-Brochu, l’échange a réuni Anouk Caron (Rustique Bison), Cynthia Grondin (Ferme du Petit Chicot) et David Simard (Ferme Simard). Ensemble, ils ont illustré comment les plateformes numériques transforment la visibilité, la mise en marché et la relation avec le public en agriculture québécoise.
Les réseaux sociaux, un nouveau pilier de la communication agricole
Longtemps absente de l’espace numérique grand public, l’agriculture québécoise s’y affirme désormais avec force, portée notamment par la relève. Facebook, Instagram et TikTok permettent aux jeunes agriculteurs de prendre la parole directement, sans intermédiaire, pour raconter leur réalité.
Pour plusieurs producteurs, les réseaux sociaux sont devenus :
- un outil de visibilité essentiel, particulièrement en région ;
- un levier de mise en marché pour la vente directe ;
- un canal de dialogue avec les citoyens ;
- un moyen de reprendre le contrôle du narratif agricole.
Dans un contexte où les consommateurs sont de plus en plus éloignés des réalités de production, ces plateformes contribuent à réduire le fossé entre ceux qui produisent et ceux qui consomment.
Des parcours différents, un même constat : le numérique est incontournable
Chaque panéliste est arrivé sur les réseaux sociaux avec une motivation différente, mais tous partagent aujourd’hui le même constat, leur présence numérique est indissociable du développement de leur entreprise.
Pour Anouk Caron, fondatrice de Rustique Bison, les réseaux sociaux ont été déterminants dès le démarrage. Située dans un secteur éloigné des grands axes, sa ferme ne bénéficie pas d’un fort achalandage naturel. Les plateformes numériques sont donc devenues une vitrine gratuite et accessible pour attirer les consommateurs directement à la ferme et expliquer un produit encore méconnu : la viande de bison.
Cynthia Grondin, copropriétaire de la Ferme du Petit Chicot, voit quant à elle les médias sociaux comme un outil de proximité. En montrant ses pratiques, ses valeurs et son quotidien, elle établit un lien direct avec sa clientèle et « préqualifie » les visiteurs avant même leur arrivée à la ferme.
De son côté, David Simard, producteur maraîcher et acéricole à la Ferme Simard, a d’abord utilisé les réseaux sociaux par plaisir, avant d’en mesurer rapidement l’impact sur la notoriété et la relation client. Une approche spontanée qui démontre que la performance ne repose pas toujours sur une stratégie rigide, mais souvent sur la cohérence et l’authenticité.
L’authenticité comme moteur d’engagement
L’un des constats forts du panel est sans équivoque : les contenus qui génèrent le plus d’engagement ne sont pas nécessairement les plus travaillés sur la forme, mais ceux qui reflètent le mieux la réalité du terrain.
Photos prises sur le vif, vidéos du quotidien, explications simples sur les pratiques agricoles ou anecdotes vécues à la ferme suscitent souvent davantage d’engagement que des contenus trop promotionnels.
Cette authenticité permet :
- de revaloriser le métier d’agriculteur ;
- d’humaniser les entreprises agricoles ;
- de créer un sentiment de proximité et de confiance ;
- de faire tomber certains préjugés sur l’agriculture.
Les réseaux sociaux deviennent ainsi un espace de narration, où l’agriculture est racontée par celles et ceux qui la vivent.
Bâtir une communauté plutôt qu’une audience
Au fil des échanges, les panélistes ont insisté sur une notion clé, les réseaux sociaux ne sont pas un monologue, mais une conversation. Répondre aux commentaires, poser des questions, impliquer les abonnés ou valoriser d’autres producteurs contribue à bâtir une communauté engagée.
Cette communauté joue un rôle central :
- elle soutient l’entreprise ;
- elle relaie les messages ;
- elle défend parfois même le producteur face aux critiques.
Dans un milieu où l’isolement peut être bien réel, tant sur le plan géographique que professionnel, les réseaux sociaux deviennent aussi un espace de solidarité entre agriculteurs.
Gérer les critiques et poser des limites
La visibilité numérique implique inévitablement une exposition aux commentaires négatifs. Les panélistes ont abordé avec franchise les enjeux liés aux critiques, notamment sur des sujets sensibles comme l’élevage, l’environnement ou l’utilisation de certaines pratiques agricoles.
De ces échanges ressort un message fort, il est essentiel de rester aligné avec ses valeurs. Lorsque les échanges sont respectueux, le dialogue et la pédagogie ont toute leur place. En revanche, lorsque le respect n’est plus au rendez-vous, il est légitime de poser des limites et de protéger son espace numérique.
Une communauté engagée et bâtie de façon organique devient alors un véritable rempart, renforçant la crédibilité et la réputation de l’entreprise.
Une relève agricole connectée à son époque
Ce panel a mis en lumière une relève agricole confiante, créative et profondément ancrée dans son temps. En s’appropriant les médias sociaux, ces jeunes agriculteurs participent activement à la transformation de l’image de l’agriculture québécoise.
Les plateformes numériques deviennent des outils pour :
- inspirer la prochaine génération ;
- renforcer le lien entre agriculture et société ;
- promouvoir une agriculture plus transparente et accessible.
En prenant la parole en ligne, la relève agricole ne se contente pas de communiquer, elle aide à construire l’agriculture de demain.
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