trump ACEUM

Notre réalité géographique et historique

Dans la vie il y a des éléments fondamentaux qui définissent ce que nous deviendrons. Par exemple, notre famille, nos aptitudes physiques et intellectuelles, notre environnement social et même le climat. Il y a peu d’Africains aux Jeux olympiques d’hiver.

Ce même phénomène s’applique aux nations. On ne choisit pas ses voisins, ni notre histoire. Pour nous, ce voisin, ce sont les États-Unis. C’est plutôt positif. Il y a pire comme voisin, la Russie, par exemple.

Avec les États-Unis, nous partageons la plus longue frontière terrestre, nous sommes deux pays nés à la même époque, fruits de la colonisation de l’empire britannique et français. Nous sommes deux immenses territoires peuplés par des vagues migratoires successives, surtout européennes aux 19e et 20e siècles. Deux démocraties qui se sont construites selon des systèmes parlementaires différents, mais devenues des modèles, voire un idéal : celui du rêve américain.

Nous sommes québécois, canadiens et américains. On l’oublie, ou on préfère l’ignorer, mais cela nous définit. Nos économies sont imbriquées. Nous dépendons l’un de l’autre, avons été côte à côte dans les grands conflits mondiaux.

Nos destins sont liés depuis le début et ils continueront de l’être. Les États-Unis sont ce qu’ils sont : une puissance arrogante avec de gros problèmes, mais, pour le meilleur ou pour le pire, notre voisin et notre meilleur marché. Et cela ne changera pas.

 

Les règles internationales et le rapport de force

Cela m’amène au discours de Mark Carney prononcé à Davos le 20 janvier dernier. J’ai retenu cet extrait :

« Nous savions que l’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était en partie fausse. Que les plus puissants y dérogeraient lorsque cela leur conviendrait. Que les règles entourant les échanges commerciaux étaient appliquées de manière asymétrique. Que le droit international était appliqué avec plus ou moins de rigueur selon l’identité de l’accusé ou de la victime. Cette fiction était utile, contribuait à assurer des bienfaits publics. Ce compromis ne fonctionne plus. »

Monsieur Carney dit tout haut ce que nous savions tous. Les règles asymétriques, les privilèges accordés aux puissances et les compromis acceptés par les autres pays sont la norme. Il parle d’une fiction utile. Il s’agit malheureusement de la réalité du monde, et ce n’est pas près de changer.

Les règles asymétriques auxquelles fait référence M. Carney ont été négociées sciemment à la table de l’OMC, de l’ONU et des autres instances internationales. Les géants économiques et militaires, soucieux de maintenir leur domination ou de s’attribuer de nouveaux pouvoirs, utilisent constamment leur rapport de force.

Le monde tel que nous le connaissons s’est construit sur ces rapports de force entre les nations. Les empires naissent, mais ils ne sont jamais éternels. Ils finissent par se miner de l’intérieur et c’est souvent durant leur déclin qu’ils deviennent les plus imprévisibles et dangereux. Sommes-nous au début du déclin de l’empire américain? Certains le pensent.

 

Trump, Carney et les contraintes institutionnelles

Quoi qu’il en soit, nous sommes et serons toujours le voisin des États-Unis. C’est un État de droit, démocratique, même s’il est actuellement mis à mal par l’administration Trump.

La position du Canada demeure malgré tout enviable et la stratégie actuelle de M. Carney est habile. Tout en positionnant le Canada sur l’échiquier mondial, il fait preuve de patience avec les États-Unis, sachant que le temps joue en notre faveur. Voici pourquoi.

La Cour suprême américaine doit bientôt   se prononcer sur le pouvoir du Président d’imposer des droits de douane sans l’aval du Congrès. La stratégie de M Trump repose essentiellement sur l’imposition de tarifs. Il serait étonnant que la Cour Suprême ne vienne pas encadrer ce pouvoir que s’est attribué Le Président

 

L’avenir de L’ACEUM

L’ACEUM dont on parle beaucoup, et que certain (M. Legault entre autres) voulait renégocier à la hâte, est en place jusqu’en 2036, à moins du retrait d’un des membres. Pour se retirer, un préavis de six mois est nécessaire. Une révision de l’accord était prévue au dixième anniversaire de l’entente, soit en juillet 2026. Les travaux sont commencés.  Je précise, il ne s’agit pas de la renégociation de l’entente, mais d’une révision.

Si Trump avait voulu ou pu s’en retirer, cela serait déjà fait. Il va encore menacer de le faire, les médias vont s’emballer, mais la réalité juridique est plus complexe. L’accord a été entériné par le Congrès en 2016 et un retrait unilatéral serait contesté devant les tribunaux.

Les élections de mi-mandat en novembre s’annoncent désastreuses pour les républicains. Les signaux en ce sens sont nombreux. Il y a de bonnes chances que la majorité au Congrès soit démocrate en novembre. Ça ne règlera pas tous les problèmes car les démocrates sont aussi très protectionnistes, mais ça compliquera la vie de M. Trump.

L’influence de Trump, tant à l’étranger qu’aux États-Unis est en baisse pour toutes les raisons que vous connaissez. Trump ne fait plus aussi peur. Il menace beaucoup mais agit peu, et souvent, il se place en position de devoir reculer. Le gigantesque déficit commercial et l’énorme dette que traîne les États Unis sont un réel problème. Un élément essentiel par rapport à ces enjeux, la stabilité des marchés et la prévisibilité des politiques monétaires et commerciales. Cela milite pour le maintien de l’ACEUM.

Bien sûr, le Canada doit diversifier ses marchés et améliorer la fluidité du commerce intérieur. Mais, compte tenu de la géographie, de la taille de notre population et de l’intégration de nos économies, le marché américain restera central.

Ma prédiction, Trump va passer, L’ACEUM va rester. Peut-être avec certains ajustements, mais je suis moins inquiet maintenant que je ne l’étais il y a quelques mois.

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